Vingt journalistes formés au Burundi, tandis que le pays se prépare aux consultations nationales

du programme. Bujumbura, Burundi. Juillet 2008.
Photo © BBC World Service Trust
Vingt journalistes burundais ont suivi en juillet une formation de deux semaines dans le cadre du programme « Communiquer sur la justice ». Ce séminaire leur a donné, disent-ils, de nouveaux outils pour couvrir un sujet stimulant mais compliqué. Il s’est ouvert alors qu’un accord venait tout juste de débloquer un financement des Nations unies pour organiser des consultations nationales sur les mécanismes de justice transitionnelle au Burundi. Cet accord entre le gouvernement et les Nations unies a donné une accroche d’actualité à cette formation, du fait de l’imminence probable de ces consultations et du rôle important que les médias auront à y jouer.
Ce séminaire, qui s’est tenu du 7 au 19 juillet dans la capitale Bujumbura, a été organisé grâce à un partenariat entre le BBC World Service Trust et le Centre international pour la justice transitionnelle (CIJT). Dix femmes et dix hommes y ont participé, certains travaillant pour la presse écrite, d’autres pour la radio. Cinq d’entre eux venaient de province. La formation intégrait des cours théoriques et des cours pratiques, afin d’aider les journalistes à rendre compte de sujets de justice transitionnelle, et couvrait notamment les poursuites nationales et internationales pour violations des droits de l’homme, les commission vérité, les réparations des victimes, et les réformes d’institutions comme l’armée, la police et la justice.

Bujumbura, Burundi, juillet 2008.
Photo © BBC World Service Trust
“Les formateurs étaient formidables, a commenté un des stagiaires. Non seulement nous avons appris à travers les exposés et explications, mais aussi à travers les exercices et les jeux de rôle, qui nous ont permis d’améliorer nos méthodes de travail.” Une autre stagiaire confirme avoir beaucoup appris sur la justice transitionnelle. “Je vais chercher à m’informer et réaliser des reportages là-dessus”, a-t-elle assuré.
Le projet s’est également efforcé par plusieurs moyens d’assurer aux stagiaires le soutien de leurs rédactions. Des rencontres ont été organisées au sein des rédactions, ainsi que des discussions avec les directeurs et rédacteurs en chef, qui ont été invités à une conférence organisée autour du thème : “Justice ou pardon : comment débloquer la transition ?” Les personnalités suivantes sont intervenues : Procès Bigirimana, conseiller de la vice-présidence ; le responsable des programmes du CIJT pour le Burundi Olivier Kambala ; Raymond Kamenyero, secrétaire exécutif de la plateforme de la société civile FORSC ; et Chantal Niyokondi, secrétaire exécutive de la Ligue des droits de l’homme Iteka. La conférence a suscité beaucoup d’intérêt de la part des rédacteurs en chef, des spécialistes de la justice transitionnelle présents au Burundi et d’autres participants venus poser des questions et participer au débat. Le débat était animé par la journaliste burundaise Agnès Nindorera, titulaire de plusieurs prix.

Bujumbura, Burundi, juillet 2008.
Photo © BBC World Service Trust
Tandis que les accords de paix signés en l’an 2000 prévoyaient une commission vérité et un tribunal international pour le Burundi, ni l’un ni l’autre n’a pour l’instant été mis en place. Ces deux mécanismes, tout comme l’ensemble des questions de justice transitionnelle, restent politiquement sensibles dans la perspective des élections présidentielles de 2010.
La formation des journalistes était dirigée par l’ex-journaliste de la radio BBC Janet Anderson et par la directrice du programme « Communiquer sur la justice » du BBC World Service Trust, Julia Crawford, assistées par le formateur local Moise Gahungu. Côté ICTJ, les formateurs principaux étaient le spécialiste du Burundi Olivier Kambala, du bureau de Cap Town de l’organisation, et Franck Petit, journaliste spécialisé et consultant ICTJ basé à Paris. Tous les cours ont été donnés en français.

journaliste spécialisée. Bujumbura,
Burundi, juillet 2008.
Photo © BBC World Service Trust
Les cours pratiques étaient conçus pour renforcer les compétences journalistiques des participants, comme leurs techniques d’interview, de couverture des conférences de presse, ou les façons d’interviewer des victimes, de sourcer et de structurer des reportages.
Les stagiaires ont pu également mettre ces techniques en pratique en allant interviewer des ex-combattants à l’extérieur de la capitale et en interrogeant les intervenants du séminaire. Parmi les invités, le conseiller de la vice-présidence Bigirimana qui a révélé certains détails des consultations nationales sur la justice ; un haut fonctionnaire de la police venu parler du recensement de la police ; un représentant d’une organisation de sages ; le responsable d’une commission nationale chargée d’arbitrer les conflits fonciers ; et Joseph Ndayizeye, de la ligue nationale des droits de l’homme Iteka.
Les formateurs ont également donné des cours sur la chronique d’audience, suivis d’un exercice basé sur une vidéo prise à la Cour pénale internationale. Des commentaires individuels et groupés ont été prodigués aux stagiaires après les exercices pratiques.
Lorsqu’on lui a demandé son opinion sur la formation, un des stagiaires a précisé : « En tant que producteur d’une émission sur la justice transitionnelle, je vais améliorer la qualité de mes prestations grâce aux leçons théoriques et pratiques dans la formation. » Le même a ajouté que « la documentation distribuée était très enrichissante ». Avis partagé par bon nombre de stagiaires.

Bujumbura, Burundi, juillet 2008.
Photo © BBC World Service Trust
Une autre stagiaire a écrit que, grâce à cette formation, elle a « une idée claire de la justice transitionnelle alors qu’auparavant [elle avait] des connaissances vagues ». « J’ai des compétences me permettant de bien communiquer les sujets y relatifs et donner une idée claire au public », a-t-elle ajouté.
La formation s’est déroulée au centre de conférence White Stone, à Bujumbura. Les exercices sur ordinateur et sur Internet avaient lieu à proximité, à l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), un centre de ressources universitaire. Cette salle informatique est équipée de vingt ordinateurs connectés à Internet. Les stagiaires poursuivent ainsi la formation directe en suivant des cours sur Internet, grâce aux modules « Ilearn » du BBC WST, qui publie ensuite certains de leurs articles sur son site Internet.
Cette formation était la cinquième d’une série organisée par le programme « Communiquer sur la justice », qui a recouvert cinq pays récemment sortis d’un conflit : le Libéria, la Sierra Leone, l’Ouganda, la République démocratique du Congo et le Burundi. Un deuxième volet est programmé pour ces formations dans chacun de ces pays, le premier se tenant au Libéria du 1er au 12 septembre 2008.
Les meilleurs reportages de stagiaires peuvent être consultés sur ce site Internet, en anglais et en français. Vos commentaires sont les bienvenus, n’hésitez donc pas à nous les adresser en utilisant le lien “commentaire” situé en dessous de chaque article ou au pied de la page d’accueil.
