RDC: Les collines éternuent, Goma s’enrhume !

par Taylor Toeka Kakala, correspondant de l’Institute for War and Peace Reporting et de Syfia Grands Lacs à Goma



Goma, RD Congo, 28 août 2008 -- Goma, centre d’accueil pour les populations rurales en  insécurité dans leurs collines à cause des guerres et conflits interethniques qui déchirent la province du Nord Kivu, est la cité phare où de nombreux problèmes se catalysent.

 
Birere, à l'Est de la ville, est un quartier où le pouvoir public doit
faire face à l'augmentation des ordures. Photo © Taylor Toeka

En plus des cinq camps de déplacés situés à sa périphérie Ouest, Goma héberge dans ses quartiers des familles déplacées des territoires de Masisi, Rutshuru, Walikale, Lubero et du district d’Ituri. La présence de ces populations dans la ville contribue à la dégradation de l’environnement. La situation est devenue très préoccupante, avec le surpeuplement et l’augmentation des ordures dans certains quartiers, ainsi que la multiplication des maladies qui les accompagnent. Avec 530 000 habitants en 2007, selon les sources de la mairie, la croissance démographique entraîne une saturation et une dégradation des infrastructures et des équipements collectifs, pourtant déjà précaires. D’où l’incapacité des pouvoirs publics de satisfaire à une très forte demande en eau et électricité, ainsi qu’en structures scolaires ou sanitaires.

Au-delà de l’insécurité, la suspicion est l’autre mal qui ronge les relations intercommunautaires à Goma. Les communautés pratiquent entre elles l’exclusion et la marginalisation, qui leur sont pourtant préjudiciables. On observe une tribalisation des questions sécuritaires telle que toute agression est analysée à travers ce prisme. Certains analystes constatent que la conférence de Goma de janvier 2008, qui devait ouvrir le débat sur de vieilles conflictualités remontant parfois aux années soixante – Nande contre Hutu, Hutu contre Hunde, Rega contre Shi, Shi contre Nyanga, Bembe contre Banyamulenge, Banyamulenge contre Fulero – n’a pas beaucoup médiatisé ces débats-là, et que ceux-ci n’ont pas vraiment été conclus.

Cependant, le point d’orgue de cette conférence repose sur la signature d’un Acte d’engagement par tous les groupes armés. Ces derniers s’étaient engagés à un cessez-le-feu immédiat et au brassage ou à la réintégration dans la vie civile de leurs combattants, en échange d’une amnistie pour les faits de guerre et d’insurrection (et non pour les crimes de guerre et crimes contre l’humanité). Sept mois après, les résolutions de la conférence sont dans l’impasse. En dépit du ballet diplomatique que connaît Goma, les enrôlements d’enfants dans les groupes armés, qui avaient baissé au début de l’année, ont repris ces derniers jours selon les ONG de protection de l’enfance.

Jadis réservés pour l'élevage, aujourd'hui les pâturages de Masisi
sont devenus des camps de déplacés. Ci-dessus: les pâturages de
Kirolirwe, 70 km à l'Ouest de Goma. Photo © Taylor Toeka.

Pour ces dernières, les agendas des groupes armés (le goût du pouvoir, le grief à l’égard des autres mouvements, la cupidité et le désir de survie) rendent difficile le processus de paix de Goma.
Selon Joachim Fikiri, coordonnateur de Pami, une ONG qui lutte contre l’utilisation d’enfants par les groupes armés, “un combattant sur quatre, dans les deux provinces du Kivu, est un enfant soldat”. Et les groupes armés nationaux et étrangers continuent de recruter. Pour lui, les nouveaux enrôlements d’enfants soldats sont encouragés par “les négociations en cours du programme Amani, par des grades qui seront attribués aux commandants des troupes au sein de l’armée congolaise et par les moyens financiers que le gouvernement et la communauté internationale vont mettre à leur disposition”. Ce à quoi Ntumba Lwaba, coordonnateur du programme national de Désarmement, démobilisation et réinsertion rétorque par : “Le gouvernement congolais n’a aucun sou à verser aux groupes armés.”

Pour sa part, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) exprime ses inquiétudes concernant les ex-enfants soldats placés dans des centres de transit. “Quelque 300 ex-enfants soldats placés dans des centres de transit et d’orientation du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour leur démobilisation ont déjà passé plus d’une année sans retourner dans leurs familles respectives, faute de moyens”, a indiqué Julien Hameis, responsable des opérations de l’Unicef Zone Est en République démocratique du Congo. Pour lui, ces enfants risquent d’être à nouveau recrutés. Or, le rôle d’un centre de transit et d’orientation est de “recevoir les enfants soldats pour une durée de trois mois avant de les réunifier avec leurs familles”, rappelle Juvénal Munobo, animateur social à Caritas Goma chargé de désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-enfants soldats.

Selon un rapport publié en 2006 par la mission des Nations unies au Congo, il y a environ 1 000 enfants de la rue à Goma. Certains d’entre eux, dont l’âge varie entre 10 et 17 ans, sont des ex-enfants soldats qui ne sont pas passés par un centre de transit et d’orientation avant de réintégrer la vie civile. Les conséquences sociales de cette réalité déplorable sont l’augmentation du nombre de délinquants et d’enfants livrés à la prostitution. Par ailleurs, les guerres et conflits armés de la région ont plongé Goma dans la malnutrition. Selon un rapport de l’Unicef datant de 2006, 31 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition.


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