RDC: Les victimes de la guerre de Kisangani toujours en attente de justice
par Jolie Laure Mbaviloto, journaliste à Radio Okapi
Kinshasa, RD Congo, 10 juin 2008 -- Huit ans après la guerre de Kisangani qui opposa durant six jours les armées rwandaise et ougandaise, les victimes continuent à demander que justice soit rendue. Plusieurs centaines de personnes ont été tuées et beaucoup de dégâts matériels enregistrés pendant cette bataille, et les victimes affirment en avoir gardé des séquelles.

Kisangani. June 2006. Years after the war the
infrastructures are still broken down.
Photo © Hugo Rami/IRIN
C’est le cas de Marthe Lese qui affirme avoir été touchée par des obus, et qui a aujourd’hui une jambe amputée. « J’avais 19 ans, et j’étais en quatrième année du secondaire quand cette guerre a commencé, » raconte-elle. « J’ai vu ma grand-mère mourir et moi, je m’en suis sortie avec une jambe amputée. Je suis aujourd’hui une personne vivant avec handicap, je ne sais plus me déplacer, je n’étudie plus car j’ai tout perdu dans ma vie. »
Marthe Lese n’est pas la seule victime. Mado Yeya, qui est aujourd’hui veuve, a perdu non seulement son mari, père de 7 enfants, mais aussi sa maison et tous ses biens.
Cette guerre pour le contrôle de la ville stratégique de Kisangani et les richesses de la Province Orientale a fait un bilan particulièrement lourd. Selon des représentants de la société civile de la province de Kisangani, au moins 780 civils ont été tués, plus de 3000 personnes blessées et plusieurs édifices détruits entre le 5 et 10 juin 2000.
Plusieurs organisations de droits de l’homme ont réclamé l'indemnisation des victimes. Mais ces dernières affirment que jusque là, rien n’a été fait. Selon elles, plusieurs personnes et organismes ont fait le déplacement dans le chef lieu de la province orientale, avec l’esprit de leur venir en aide. Cependant, toutes ces tractations sont restées vaines, ajoutent les victimes.
Selon Mutombo Bakafwa Nsenda, Ministre de la Justice et des Droits Humains, la Cour internationale de justice a condamné en 2005 l’un des pays belligérants, en l’occurrence l’Ouganda, à réparer le préjudice subit par les victimes. Toujours selon le ministre, la Cour avait demandé à la République Démocratique du Congo d’évaluer les préjudices causés et de soumettre son rapport à la partie ougandaise. Si l’Ouganda refuse de s’en acquitter, la RDC peut saisir la Cour internationale de justice pour faire le suivi, ajoute Mutombo Bakafwa Nsenda. « Pour l’instant, nous sommes au stade de l’évaluation, » affirme le ministre.
Dans sa décision du 29 décembre 2005, la cour internationale de justice a jugé que l’Ouganda, en se livrant à des activités militaires sur le territoire de la RDC, a violé des principes de droit international, y compris « les obligations lui incombant en vertu du droit international relatif aux droits de l’homme et du droit international humanitaire. » La cour a décidé que la « République de l’Ouganda a l’obligation, envers la République Démocratique du Congo, de réparer le préjudice causé. »
De son côté, le professeur Faustin Toengaho Lokundo, originaire et notable de la province orientale, regrette le retard accusé par le gouvernement congolais pour traiter ce dossier. Car, dit-il, trois ans après la décision de la cour, les autorités de la RDC n’ont toujours pas montré leur volonté de faire payer l’Ouganda pour les crimes commis.
Dans un entretien téléphonique, le ministre Mutombo Bakafwa Nsenda insiste qu’ « on ne peut pas réparer les préjudices sans être passé par l’évaluation ». Une commission a été mise en place le 24 janvier 2008 pour évaluer les réparations. Elle comprend notamment des représentants de la Banque centrale et de plusieurs ministères. Enfin, le ministre ajoute qu’il se rendra lui-même à Kisangani dans les jours à venir pour identifier les victimes de cette guerre.
En attendant que justice et réparation soient faites, les victimes de la guerre de six jours de Kisangani réclament leur prise en charge par les autorités compétentes.
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