Burundi

Les Burundais souhaitent une commission vérité

Communiqué de presse du 22 décembre 2008
(cliquez ici pour la version anglaise)

pdf Cliquez ici pour télécharger la version
anglaise du rapport "Prêts à parler du passé"
(364 KB).

Une version française de ce rapport sera
disponible très prochainement.

Publication de « Prêts à parler du passé »,une étude sur les attentes des burundais vis-à-vis de la justice transitionnelle.

Après plusieurs décennies marquées par des conflits ethniques et une guerre civile, le traitement des crimes du passé reste un problème épineux au Burundi. La Commission vérité et réconciliation (CVR) envisagée pour la première fois dans les accords de paix signés en 2000, n’a toujours pas été créée. Cependant, une étude conduite par le BBC World Service Trust et Search for Common Ground indique que la grande majorité des Burundais souhaitent sa création. Parmi les sondés, 80 % de ceux qui connaissaient déjà l’existence d’un projet de commission vérité précisent qu’ils seraient prêts à déposer devant elle ; 70 % accepteraient de témoigner en public. Ceux qui s’y refuseraient indiquent craindre des représailles.


Voici quelques-unes des conclusions d’un nouveau rapport, intitulé « Prêts à parler du passer ». Il présente les résultats d’une étude conduite en octobre 2008 auprès de 1.648 Burundais adultes, répartis dans 10 des 17 provinces du Burundi. Les questions posées dans cette étude interrogent les Burundais sur leurs connaissances et leurs attentes vis-à-vis de la justice transitionnelle, leurs sources d’information et leurs perceptions des médias burundais. Cette étude a été réalisée dans le cadre du programme Communiquer sur la justice, qui, parallèlement, a organisé plusieurs séminaires de formation de journalistes dans cinq pays sortant d’une période de conflits, dont le Burundi.

D’une façon générale, la justice transitionnelle a trait à tous les moyens qu’une société se donne pour traiter les effets de violations massives des droits de l’homme. Elle est souvent invoquée après un conflit, lorsque les institutions nationales sont faibles et manquent de ressources. Les mécanismes dits de justice transitionnelle comprennent les poursuites devant les tribunaux locaux, les tribunaux internationaux ou internationalisés soutenus par les Nations unies, les commissions vérité, la réparation des victimes et la réforme des institutions étatiques.

Cette étude survient dans un contexte où le gouvernement burundais et les Nations unies négocient la mise en place d’une commission vérité et d’un tribunal spécial qui seraient soutenus par l’Onu. Il est également prévu de consulter la population burundaise sur ces deux mécanismes, début 2009. Ces consultations nationales sont organisées par un comité composé de représentants du gouvernement, des Nations unies et de la société civile. Notre étude montre toutefois que seulement 44 % des sondés avaient entendu parler de ses consultations nationales. Cela suggère que tant les autorités que les médias burundais pourraient mieux expliquer ces processus afin de s’assurer de l’adhésion du public.

Plus des deux tiers des Burundais interrogés (68 %) souhaitent que les individus ayant commis des violations des droits de l’homme soient traduits en justice. Ils sont divisés par contre sur leur appréciation du système judiciaire national. Moins d’un quart (24 %) des sondés affirment avoir entière confiance dans la justice burundaise, tandis que plus d’un quart d’entre eux (28 %) ne lui font pas du tout confiance.

Bien que seulement 39 % des personnes interrogées aient fait appel à l’institution traditionnelle des sages, les Bashingantahe, près des deux tiers (65 %) d’entre elles disent avoir confiance en la justice rendue par cette institution. Lorsqu’on leur demande si les Bashingantahe devraient être impliqués dans une commission vérité ou dans un tribunal spécial, 75 % des sondés pensent que oui.

Près de la moitié des personnes sondées (44 %) n’apprécient pas la façon dont les médias couvrent la justice transitionnelle. Lorsqu’on leur demande pourquoi, la majorité d’entre eux précisent qu’elle ne trouve pas assez d’information sur ce sujet dans les médias. Près d’un quart des personnes insatisfaites indiquent aussi qu’elles ne comprennent pas les reportages sur la justice transitionnelle.

« Alors que le pays se prépare pour les consultations nationales sur une commission vérité et sur un tribunal spécial, les journalistes doivent renforcer tant la quantité que la qualité de leur couverture dans ce domaine », déclare Julia Crawford, directrice du programme Communiquer sur la justice au BBC World Service Trust. « Ils doivent s’efforcer de rendre concrètes ces questions complexes afin qu’elles puissent être comprises par tout le monde. La clarté et de simplicité sont restées des thèmes majeures des formations de journalistes organisées au Burundi par le programme Communiquer sur la justice. »

Une version française de ce rapport sera publiée prochainement.

Pour plus d’information, merci de contacter Julia Crawford